Il y avait des jours où tu étais là.
Vraiment là.
Ton regard accrochait le mien, et dans ce silence, je te reconnaissais.
Ton esprit revenait parfois, comme une vague.
Puis il repartait.
Je ne savais jamais combien de temps ça durerait.
Tu n’as jamais beaucoup parlé.
Tu disais l’essentiel autrement.
Par les gestes, par la constance, par ce que tu faisais sans bruit.
Aujourd’hui encore, c’est comme ça que je te reconnaitrai :
dans ce que tu as transmis sans mots.
Et puis, juste avant la fin,
tu allais mieux.
Ton esprit reprenait place.
Quelque chose revenait à la surface.
Comme si la vie te faisait signe une dernière fois.
J’ai pu te parler.
Te dire combien je t’aime.
Ma sœur était là aussi.
Tu n’étais pas seul.
Il y avait des voix, des mains, une présence autour de toi.
Je sais que tu l’as senti.
Tout est allé trop vite.
Deux jours à peine.
La maladie a pris le dessus alors que tu revenais.
Comme une mer qui emporte un bateau
au moment même où le vent redevient favorable.
Quand je suis partie,
je ne savais pas que c’était la dernière fois.
Mais je garde cette certitude :
je t’ai parlé.
Je t’ai aimé à voix haute.
Je crois que tu n’es pas parti seul.
Je crois que tu as été accompagné.
Par Jean-Paul, ton ami de toujours.
Par tes parents.
Par ta famille.
Par ceux qui t’attendaient déjà, quelque part.
J’aime imaginer que tu les as reconnus,
comme on reconnaît une terre familière.
Et je sais aussi que tu es là.
Autour de moi.
Autrement.
Je sais que tu sauras me faire signe,
à ta façon,
dans un détail, une sensation,
un moment inattendu.
Maintenant, la mer est calme.
Mais elle n’a pas disparu.
Elle m’entoure.
Et moi, je continue d’avancer
avec ton absence
et ta présence mêlées.
Tu es parti,
mais tu ne t’es pas effacé.
Tu vis en moi,
et au-delà.
Hommage pour mon père qui est décédé en ce 02/02/2026
Poème intégré à la cérémonie d’adieu.


